A.S.M.E.
Association de Sauvegarde de Montigny et de son Environnement
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Bulletin n° 16
Octobre 2005


A propos de bornes en forêt


Le promeneur qui emprunte la route de la Grande vallée à hauteur de Montigny ne peut manquer de remarquer les bornes numérotées qui jalonnent celle-ci. Il a paru intéressant de rechercher l’origine de ces bornes et dans quelles conditions elles ont été mises en place.

Il s’agit manifestement là du marquage des limites de la forêt domaniale.

Il n’existe aucune précision sur les limites de la forêt de Bière avant le 17° siècle. C’est à cette époque qu’un document daté de 1664 fait état de débris de murs qui auraient délimité la forêt. Certains étaient alors visibles vers Montigny. Le massif ainsi circonscrit représentait environ quinze mille hectares.

Pendant longtemps le roi considère la forêt comme son bien propre et n’hésite pas à la morceler au profit de ses courtisans. Ce n’est qu’au 16° siècle que l’idée d’appartenance du domaine royal à un patrimoine monarchique non aliénable se fait jour. Cette notion fut toutefois souvent contrariée tout en devenant progressivement une sorte de loi fondamentale qui se maintiendra sous tous les régimes.

Plusieurs cartes du 17° siècle donnent une bonne notion de la surface de la forêt. Henri IV en fait réaliser un plan en 1601 sur le mur de la galerie des cerfs au château. Malheureusement ce plan disparu sous le règne de Louis XV lors de la transformation de la galerie en appartements. C’est à Napoléon III que nous sommes redevable du rétablissement du plan à partir de documents anciens.

En 1664, Monsieur Barillon d’Amoncourt est chargé par le roi de déterminer les limites de la forêt. Il ne peut que constater que celles-ci sont incertaines. C’est à cette même époque que la paroisse de Montigny obtient la permission d’entourer de murs son territoire. Monsieur Barillon décide de fixer les limites de la forêt grâce à des bornes pour lesquelles il fait réaliser des trous au compte du roi alors que les propriétaires voisins sont chargés de faire réaliser et de mettre en place les bornes. Quelques réclamations en résultent. C’est ainsi que le Seigneur de Montigny élève des prétentions sur la garenne de Gros Bois proche de Sorques. Celles-ci ne furent pas retenues. Cependant des acquisitions de parcelles jouxtant ou enclavées dans la forêt se poursuivirent durant les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.

En 1716, Monsieur de la Faluère, grand maître de l’Ile de France, décide de faire réaliser l’arpentage de la forêt et à cette occasion visite les limites de celle-ci. Eles n’étaient plus alors que partielle-ment indiquées par quelques bornes et des fossés ou murs fortement dégradés. Il décide de faire remettre le tout en état mais cette décision ne sera pas suivie d’effet. Dans le même temps Monsieur de la Faluère fait délimiter de manière précise les cantons de la forêt et leur attribue un nom. Ces noms sont le plus souvent inspirés par la configuration du sol ou un peuplement particulier : Malmontagne, Mont chauvet, Plaine des pins, La Tillaie... Cette délimitation sera remaniée en 1750 par Monsieur Duvaucel et les chemins corres-pondant seront répertoriés. Depuis lors les cantons ont peu changé, au moins jusqu’à la fin du 19° siècle.

Un arrêt du Conseil de 1750 charge Monsieur Duvaucel de faire réaliser une nouvelle séparation entre les propriétés riveraines et la forêt. Les fossés sont abandonnés et il est prescrit de planter aux frais du roi «des bornes à trois pieds du sol forestier». Ces bornes de 5 pieds de haut sont numérotées du côté de la forêt et creusées sur leur partie supérieure en un guidon de un pouce. Un procès verbal mentionne la distance entre les bornes qui sont numérotées de 1 à 1050. Un grand nombre de ces bornes existent encore dont très vraisemblablement celles de la route de la Grande vallée. Un chemin de ceinture est également réalisé, en principe à l’extérieur du domaine mais plus souvent à l’intérieur comme cela se constate dans notre secteur.

Au début de la période révolutionnaire le chemin de ceinture disparut, des bornes furent renversées et des empiétements eurent lieu. Très rapidement cependant chemin et bornes furent rétablis.

Tout au long du 19°siècle, le souci de préserver l’intégrité de la forêt prévalut. C’est ainsi que par un sénatus-consulte de 1810 les biens de dotation de la couronne furent déclarés inaliénables. A la même époque la forêt est augmentée de nombreux bois appartenant au clergé puis, plus tard, par des terres appartenant aux monarques qui se succédèrent. Enfin, le 6 septembre 1870 la forêt entre dans le domaine de l’Etat.