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Bulletin n° 17
Automne 2006


GUY DE MAUPASSANT A MONTIGNY,
et MONTIGNY DANS LE ROMAN «NOTRE COEUR»


Notes :
1 - les passages en italique sont des citations.
2 - Cliquez sur les vignettes pour les agrandir.

Les artistes venus vivre plus ou moins longtemps à Montigny ont été nombreux. L’écrivain Guy de Maupassant est sans doute parmi les plus connus. La maison qu’il a habité dans la petite rue de la Talbarderie est encore visible. Le dernier roman de Maupassant, «Notre Coeur», publié en 1890, situe une partie de l’intrigue à Montigny. L’édition de La Société d’Edition Littéraire et Artistique est illustrée de dessins qui montrent que l’illustrateur, René Lelong, lui aussi, connaissait bien notre village.

Guy de Maupassant : l’auteur
Né en 1850 en Normandie, Maupassant est élevé par une mère cultivée, amie de Gustave Flau-bert, mais «malade des nerfs» qui exerce une grande influence sur ses deux fils. Tous deux héritent de la fragilité nerveuse maternelle. Hervé meurt fou en 1889, soigné par Guy qui ressent aussi les troubles de cette hérédité, augmentés de signes de la syphilis pour laquelle il n’y avait pas alors de traitement efficace. C’est pour calmer ses souffrances et ses angoisses que Maupassant vient chercher le calme à Montigny. Il sera ensuite interné dans une maison de santé, celle du Docteur Blanche, comme Gérard de Nerval, après une tentative de suicide. Il y meurt en en 1893.
L’oeuvre littéraire de Maupassant est abondante, composée de nouvelles, de contes et de 6 romans. Il y dépeint souvent, sans pitié, la société qui l’entoure.
Le roman «Notre Coeur» est le dernier. Commencé au printemps 1889, il est édité en 1890 et n’est pas des plus connus.

Le roman «Notre Coeur» : une intrigue simple
Le héros, André Mariolle, un artiste relativement riche, est amoureux d’une femme mondaine et admirée de tous, Madame de Burne, qui rassemble autour d’elle un monde élégant et superficiel. Après des moments de complicité Mariolle découvre l’infidélité de son amie qui l’aime pourtant. Il va vivre un véritable enfer. C’est alors qu’il part se réfugier à la campagne, à Montigny. Il prend le train pour Fontainebleau et gagne le village en landau (voiture attelée), à travers la foret. Il loue une maison au bord du Loing, se promène en forêt. Ses pas le mènent à Marlotte à l’hôtel Corot. où il prend plusieurs repas et lie connaissance avec une jeune serveuse. Il l’engage à son service parce qu’elle refusait les avances des peintres clients de l’auberge et il en tombe amoureux.
C’est alors que Madame de Burne vient le chercher. Il en est toujours amoureux. La jeune Elisabeth s’enfuit, elle se réfugie à l’église où Mariolle la retrouve et lui promet de ne pas la laisser sans ressources.

La description du village
Mariolle arrive à Montigny, après avoir traversé Marlotte : «Il suivit une route entre la forêt à gauche et, à droite, une grande plaine avec des arbres par place et des coteaux à l’horizon. Puis on pénétra dans une longue rue de village, entre deux lignes interminables de petites maisons couvertes en tuiles. Cette rue suivait un étroit vallon qui descendait au petit cours d’eau. Quand Mariolle l’aperçut, il eut un ravissement. C’était un fleuve mince, rapide, agité et tournoyant, qui lavait sur une de ses rives le pied même des maisons et les murs des jardins, tandis que sur l’autre, il baignait des prairies où des arbres légers égrenaient leurs frêles feuillages à peine ouverts.»
L’illustration montre à droite la montée vers l’église, on reconnaît l’ancienne maison du cordonnier, aujourd’hui disparue, avec sa plaque publicitaire «bains», la descente vers le carrefour de la route de Grez. L’endroit en retrait est actuellement occupé par le monument aux Morts. En face de la montée vers l’église, la maison avec une grande fenêtre est celle de la dernière faïencerie qui fait l’angle de la ruelle du point de vue.


La maison louée par l’auteur

Il s’agit de la villa «le barrage», dans l’étroite ruelle de la Talbarderie : «Mariolle trouva tout de suite la demeure indiquée et en fut charmé. C’était une vieille maison restaurée par un peintre qui passa là cinq ans, puis s’en lassa et la mis à louer. Elle était tout au bord de l’eau, séparée seulement du courant par un joli jardin que terminait une terrasse à tilleuls. Le Loing, qui venait de tomber d’un barrage par une chute haute d’un pied ou deux, filait le long de cette terrasse, en déroulant de grands remous. Par les fenêtres de la façade on apercevait, de l’autre côté, les prés.» Ces prés sont devenus notre «baignade».

La pêche
Mariolle découvre de sa terrasse ce que Maupassant dut souvent observer : «Un pêcheur jetait l’épervier près du petit barrage. L’eau tournoyait sous la lumière, et, quand l’homme en retirait son grand filet rond pour l’étaler sur le bout ponté du bateau, les minces poissons frétillaient sous les mailles comme de l’argent vivant» et plus loin : «le lendemain, il se balança de nouveau dans le hamac, et la présence constante de l’homme jetant l’épervier lui donna l’idée de se mettre à pêcher. Un épicier qui vendait des lignes le renseigna sur ce sport tranquille.»
Le poisson pêché était certainement destiné à l’un des hôtels voisins, la friture étant appréciée par les touristes.

Les environs
Il s’agit surtout de la forêt et de Marlotte. Les nombreuses descriptions de forêt montrent l’amour de Maupassant pur cette nature. Elles contribuent, par leur beauté, à faire se déclarer les sen-timents du héros qui se montre ébloui par l’éveil de la nature au printemps. La description de l’«Hôtel Corot» fréquenté par les «rapins» évoque l’auberge de la Mère Antoni, devenue plus tard l’Hôtel de la renaissance.
Lorsque la jeune Elisabeth quitte Marlotte, ses bagages sur une brouette, on peut reconnaître le versant du chemin, devenu la route de Grez, tel que nous l’ont souvent montré les peintres, en particulier Adrien Schulz qui en a fait de nombreux dessins

L’intérieur de l’église
«Quand il eut fait quelques pas, avant de tourner dans la rue qui monte le long du vallon, il aperçut devant lui la vieille église large et basse, coiffée d’un court clocher, accroupie sur un mamelon, et couvrant, comme une poule ses poussins, les maisons de son petit village.»
Mariolle pénètre dans l’église et y trouve Elisabeth. «le temple était très sombre, car le soir tombait. Seule la petite lampe au bout de son fil révélait dans le tabernacle l’idéale présence du Consolateur divin.»
L’illustration nous montre l’autel de la Vierge, à droite de la nef, il n’y a presque aucun changement, seule, la statue de plâtre colorée du Sacré Coeur a été déplacée et remplacée par une vierge de bois ancienne.

Notes :
1 - les passages en italique sont des citations.
2 - Cliquez sur les vignettes pour les agrandir.